18 octobre 2017

Egon in the kitchen

Des reproductions de tableaux modernes ou anciens, des objets d'Art du monde entier photographiés avec soin, des sculptures, des masques, de la peinture, des dessins... 

Ma mère a récupéré cette impressionnante collection de cartes postales chez sa sœur aînée. Elle a pris le temps ces dernières années d'envoyer ces reproduction d'œuvres d'Art, couchant au verso ses allées et venues, ses pensées, sa tendresse aux uns et aux autres.

Avant, ce petit musée privé tournait sur un présentoir dans l'entrée, chez ma tante. Cette femme qui vivait seule, belle, secrète, un brin rigide, exposait ainsi la beauté du monde chez elle. Elle avait pu se payer cet appartement sur cour dans Paris, se résignant toutefois à se passer de la lumière du jour. Nous étions voisines. Je lui rendais souvent visite et m'attardais à chaque fois sans y penser sur ces images, arrêtée par leur puissance qui perçait même à travers cette fenêtre 10x15, dans ce mini-corridor haussmannien.

Ce nu d'Egon Schiele m'est arrivé par courrier, l'été dernier, après un détour par Dijon et l'Ardèche. Le génie de l'autrichien, le délicat et la violence du tracé, le choix de ces quelques couleurs, les vides, la pause, la peau du modèle. L'image, mes yeux, mon cœur, mon ventre, l'émotion, directe, c'est fascinant. Comme les autres, cette carte avait été choisie par ma tante, cette dame bien comme il faut, prude, qui toute sa vie avait collecté ces images fulgurantes, avant d'emmêler les jours de la semaine, les heures, avant de se perdre dans son quartier puis dans sa rue, avant de s'égarer dans les mots, dans une phrase, avant qu'on ne vende et qu'on ne vide son appartement, avant de vivre dans cet établissement spécialisé, avant de quitter notre monde, avant de s'éteindre, avant la semaine dernière.

21 août 2017

Volets ouverts, Moulin de la Rive - Locquirec

Un été, avec mon ami A., nous avions loué une petite maison dans les terres, à Plufur, de l’autre côté de Locquirec. Je l’avais amené là, au Moulin de la Rive. 

La beauté de cette plage, cette maison perchée seule sur la mer, au bout du monde, avait décidé mon père à venir passer ses vieux jours dans les parages. 

Depuis, tous les ans, plusieurs fois dans l’année, je viens ici, rêver. C'est si beau. A cause de la rivière qui s’y jette, la mer est dangereuse. C'est un spot de surfeurs.

Mon ami m’a dit : je connais cet endroit. Je ne suis jamais venu mais je l’ai déjà vu, en photo. J’en ai entendu parler toute mon enfance. Chez ma nounou. Elle m’a gardé de mes 2 mois à mes 8 ans. Claudine. Elle a beaucoup compté dans ma vie. Je crois que cette maison, c’est la sienne. Je ne suis pas sûr. Ça fait au moins 20 ans que je ne l’ai pas vue.  Attends, je vais demander à ma sœur si elle n’a pas gardé son numéro.


Dans l’herbe, derrière la maison, une toute petite fille dressée dans une grande bassine, toute nue, s’est jetée dans la grande serviette que lui tendait sa grand-mère. C’était l’heure du bain, du soleil couchant, des retrouvailles d’A. et de Claudine, là, au bout du monde, le lendemain. Elle nous a raconté que souvent, on venait lui proposer de vendre sa maison ; une fois même, Eric Tabarly. 

Pendant l’occupation, de Lille, son père avait atterrit à Locquirec. Il avait fait de la résistance avec les bretons du coin. Pour le remercier, à la fin de la guerre, on lui avait donné ce bout de terrain. Il y a construit  de ses mains, cette maison : une pièce commune, un garage, un robinet. 

Ils venaient de Lille, quand elle était gamine, aussi souvent que possible, même l’hiver, malgré les heures de route. A son tour, de Lille, elle y a emmené ses fils, et maintenant ses petits enfants. Alors, cette maison, pas question de la vendre. 

On a dîné à l’intérieur, serrés autour de la grande table accolée à la fenêtre, au-dessus du bruit de l’océan. 

A chaque fois que je suis là, je prends une photo et je l’envoie à A.

24 juillet 2017

Inauguration du Jardin des savoirs, jardin d'histoires


JARDIN DES SAVOIRS ET D’HISTOIRES 

C'est à Estivareilles, un hameau de la commune de St-Didier-sur-Doulon, perché sur la D19, entre Brioude et La Chaise-Dieu. Vue à couper le souffle sur la vallée et les montagnes.
Mardi dernier, Patric, botaniste passionné, conteur aux accents des Cévennes et Karine, pétillante photographe, nous font visiter leur jardin botanique, concentré de plantes fleuries et bourdonnantes, le long du sentier, au pied de leur maison. 


On admire et on respire ces plantes à manger, à soigner. On écoute les histoires de ces herbes aux pouvoirs magiques qui parlent des hommes et des femmes, d’hier et d'aujourd’hui. Il y a les plantes de feu, la plante de la femme « par excellence », cette autre qui se marie avec la patate, et aussi les empoisonneuses. 

Il y a des voisins, des amis, des curieux, des intéressés par la biodiversité, des néo-ruraux, un autre conteur-musicien, le soleil, du sirop de sureau maison, des petites tranches de pain tartinées de pestos et chapeautées de pétales de fleurs. C’est juste bien.
























Visite contée du jardin en juillet et août 2017, le dimanche et le mercredi  de 9h30 à 11h30. 6€, gratuit pour les enfants, rafraîchissements offerts. T. 06 70 04 16 53 / 06 80 94 14 33 -https://www.voyageurs-dans-l-ame.com







14 novembre 2016

Un jour de novembre, Etat d'urgence


Il y a quelques temps à Paris j’étais dehors en goguette, en paillettes, souvent.

Embringuée, embarquée, débridée. Largage des amarres pour une récolte d’émotions, de rencontres, de scènes aux couleurs mélangées et aux contours improbables. Joyeuse funambule en équilibre sur les fils de l’adrénaline tendus entre une boîte de nuit et une terrasse de café, avant de glisser dans les clameurs des salles parisiennes. A pied, à vélo, en métro, en taxi, défilé dans les lumières de la ville, les yeux fermés, ouverts, découverts, vivants, confiants.

Hier soir en sortant du Rosa, le vent d’hiver s’était levé sur la Seine et j’ai resserré mon écharpe avant d’enfourcher mon vélo. Il faisait nuit déjà. En chemin, je me suis arrêtée chez le Portugais du coin pour acheter une branche de céleri et des carottes pour la chorba. C’est ma collègue qui m’a donné la recette, celle de sa mère. Ma collègue a des cheveux magnifiques. Elle monte parfois sur le grand bar de la barge pour danser la danse du ventre, la pointe du pied tendue sur le zinc, les bras déployés, le bout des doigts posés sur l’air. Et alors sa beauté de reine antique me coupe le souffle.

Soupe partagée avec l’homme que j’aime. Douceur, chaleur, quotidien, sommeil.

Train-train de ce matin. Eau chaude, douche, chat. Contemplation. Le ciel de Paris, celui que je n’aime pas trop, avec la brume qui fait un couvercle uniforme au dessus des immeubles. Depuis deux jours, les branches des arbres posés dans le paysage de mes matins parisiens sont nues, ou presque.

Et ce texto. Est-ce que je vais bien ? Etrange cette question de si bon matin. Mais oui, et toi ? Et mon cœur, mon cœur vole en éclat en lisant sur le petit écran « Horrible » « Attentats » « Fusillés dans les rues du 11ème, 10ème et au bataclan ».

J’appelle mon amie avec qui j’aimais tant sortir, qui vit rue Bichat. Elle a passé la nuit à répondre aux messages reçus à partir de minuit. Elle me rappelle que nous avions trouvé un soir de fiesta au Bataclan par terre une liasse de billets et que ce soir-là la nuit fut encore plus folle.

Cette semaine, dans un petit square du nord de la capitale, j’ai ramassé des feuilles de ginkgo biloba. Elles sont posées là bien à plat. Dorées, toutes pareilles et toutes différentes, singulières, élancées, arrondies, épanouies, ciselées. Il y en a six.

Le Rosa est fermé. Etat d’urgence. Etat. D’urgence.

Je mets mon manteau et aujourd’hui sous ce ciel de Paris qui est encore plus bas, je vais ramasser cent quatorze autres feuilles, au moins.