21 août 2017

Volets ouverts, Moulin de la Rive - Locquirec

Un été, avec mon ami A., nous avions loué une petite maison dans les terres, à Plufur, de l’autre côté de Locquirec. Je l’avais amené là, au Moulin de la Rive. 

La beauté de cette plage, cette maison perchée seule sur la mer, au bout du monde, avait décidé mon père à venir passer ses vieux jours dans les parages. 

Depuis, tous les ans, plusieurs fois dans l’année, je viens ici, rêver. C'est si beau. A cause de la rivière qui s’y jette, la mer est dangereuse. C'est un spot de surfeurs.

Mon ami m’a dit : je connais cet endroit. Je ne suis jamais venu mais je l’ai déjà vu, en photo. J’en ai entendu parler toute mon enfance. Chez ma nounou. Elle m’a gardé de mes 2 mois à mes 8 ans. Claudine. Elle a beaucoup compté dans ma vie. Je crois que cette maison, c’est la sienne. Je ne suis pas sûr. Ça fait au moins 20 ans que je ne l’ai pas vue.  Attends, je vais demander à ma sœur si elle n’a pas gardé son numéro.


Dans l’herbe, derrière la maison, une toute petite fille dressée dans une grande bassine, toute nue, s’est jetée dans la grande serviette que lui tendait sa grand-mère. C’était l’heure du bain, du soleil couchant, des retrouvailles d’A. et de Claudine, là, au bout du monde, le lendemain. Elle nous a raconté que souvent, on venait lui proposer de vendre sa maison ; une fois même, Eric Tabarly. 

Pendant l’occupation, de Lille, son père avait atterrit à Locquirec. Il avait fait de la résistance avec les bretons du coin. Pour le remercier, à la fin de la guerre, on lui avait donné ce bout de terrain. Il y a construit  de ses mains, cette maison : une pièce commune, un garage, un robinet. 

Ils venaient de Lille, quand elle était gamine, aussi souvent que possible, même l’hiver, malgré les heures de route. A son tour, de Lille, elle y a emmené ses fils, et maintenant ses petits enfants. Alors, cette maison, pas question de la vendre. 

On a dîné à l’intérieur, serrés autour de la grande table accolée à la fenêtre, au-dessus du bruit de l’océan. 

A chaque fois que je suis là, je prends une photo et je l’envoie à A.