25 octobre 2017

18 octobre 2017

Egon in the kitchen

Des reproductions de tableaux modernes ou anciens, des objets d'Art du monde entier photographiés avec soin, des sculptures, des masques, de la peinture, des dessins... 

Ma mère a récupéré cette impressionnante collection de cartes postales chez sa sœur aînée. Elle a pris le temps ces dernières années d'envoyer ces reproduction d'œuvres d'Art, couchant au verso ses allées et venues, ses pensées, sa tendresse aux uns et aux autres.

Avant, ce petit musée privé tournait sur un présentoir dans l'entrée, chez ma tante. Cette femme qui vivait seule, belle, secrète, un brin rigide, exposait ainsi la beauté du monde chez elle. Elle avait pu se payer cet appartement sur cour dans Paris, se résignant toutefois à se passer de la lumière du jour. Nous étions voisines. Je lui rendais souvent visite et m'attardais à chaque fois sans y penser sur ces images, arrêtée par leur puissance qui perçait même à travers cette fenêtre 10x15, dans ce mini-corridor haussmannien.

Ce nu d'Egon Schiele m'est arrivé par courrier, l'été dernier, après un détour par Dijon et l'Ardèche. Le génie de l'autrichien, le délicat et la violence du tracé, le choix de ces quelques couleurs, les vides, la pause, la peau du modèle. L'image, mes yeux, mon cœur, mon ventre, l'émotion, directe, c'est fascinant. Comme les autres, cette carte avait été choisie par ma tante, cette dame bien comme il faut, prude, qui toute sa vie avait collecté ces images fulgurantes, avant d'emmêler les jours de la semaine, les heures, avant de se perdre dans son quartier puis dans sa rue, avant de s'égarer dans les mots, dans une phrase, avant qu'on ne vende et qu'on ne vide son appartement, avant de vivre dans cet établissement spécialisé, avant de quitter notre monde, avant de s'éteindre, avant la semaine dernière.